Dans un village, on connaît les visages sans connaître les gens. On se salue à la boulangerie depuis dix ans sans avoir jamais parlé. Cette proximité silencieuse rend les rencontres plus difficiles qu'en ville : dire à quelqu'un qu'il vous plaît, c'est prendre le risque que tout le monde le sache.
L'anonymat règle ce problème. Tant que vous n'avez pas tous les deux avancé, personne ne sait à qui il parle — et si ça ne prend pas, la conversation s'arrête sans que l'autre l'apprenne d'une tierce personne au marché.
C'est pour cela que nous restons dans les Weppes. Assez proche pour se voir le dimanche, assez discret pour oser commencer.
